La distanciation

La distanciation est au cœur de mes préoccupations et de mes recherches depuis de longues années. On peut parler tout simplement de distance, de prise de recul lors d'un spectacle, en regardant la télévision, en jouant ou en travaillant… C'est une vieille idée que j'ai creusée en voyant des enfants s'approprier des caméras, des étudiants passer des nuits à programmer, des adultes s'identifier à des héros, des cadres se projeter dans "l'esprit maison" et toutes sortes de gens hésiter entre l'influence des autres et leur besoin de réalisation personnelle.

C'est ainsi que la théorie distanciatrice est née dans les années 1980 à partir d'une hypothèse simple : tout être humain passe alternativement d'une attitude distanciatrice (il s'évade, il prend de la distance ou de la hauteur) à une attitude identificatrice. Cette théorie est profondément non déterministe, elle montre que l'acteur est libre et qu'il peut pencher d'un côté ou de l'autre.

Le concept de distanciation est relativement méconnu au plan théorique, les jalons historiques sont fort rares : Schiller, Brecht, Adorno, Marcuse, Elias ont réfléchi sur l'Entfremdung ; mais c'est plutôt du côté des poètes ou des dramaturges que le phénomène de la distanciation a été le plus fréquenté, au premier rang avec Shakespeare ou Stendhal (Le Rouge et le noir), Baudelaire, Rimbaud, Valéry, voire dans certains romans policiers lorsque le héros se " voit mourir". Ces dernières années, le thème, voire le mot, sont apparus dans quantités de dénonciations de la société médiatique et présentés comme une sorte de recours jamais défini, jamais critiqué ni mis en perspective.

La question de départ fut à peu près la suivante : par quel " mécanisme mental " le téléspectateur (assidu) passe-t-il d'une attitude d'identification intense à une attitude de distance critique vis-à-vis des héros ? Ou encore, comment décrire en termes scientifiques le phénomène de participation si intense des jeunes enfants au spectacle de Guignol… ou d’un cadre à son entreprise ou son patron ?

Mais l'observation attentive du déroulement de l'appropriation des "nouvelles technologies de communication" ne suffisait pas. Il fallait découvrir et commencer à quantifier les variables de l'identification ou de la distanciation, jusqu'alors essentiellement conçue comme une " prise de recul " ou de " hauteur", comme une critique du phénomène communicatoire, mais sans jamais déboucher sur une explicitation scientifique du phénomène. Pour y parvenir, il fallut opérer un saut conceptuel, et s'engager simultanément dans une approche dialectique et une modélisation dynamique. La base épistémologique de ces travaux s'est trouvée fondée par Abraham Moles dans Les Sciences de l'imprécis.

Tous les travaux qui ont suivi ont été influencés par cette approche, que ce soit ma thèse, l'habilitation à diriger des recherches, des articles, des conduites de projet comme la première version du plan "Informatique pour tous"en 1984 ou une approche systémique de la communication d'entreprise.

A l'heure actuelle, la théorie distanciatrice sert de fondement à la démarche de Communiquance en travaillant l'alternance des attitudes d'identification et de distanciation.

Voici les documents actuellement à disposition (la liste évolue à mesure que des chapitres sont portés sur le web) :

Thèse : Les médias et la vie sociale, Paris 7, 1988

Ouvrage : La Distanciation. Essai sur la société médiatique, L'Harmattan, 1991

Mémoire d'Habilitation à diriger des recherche (HDR), Paris 7, 1992

 

 

 

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Présentation de la théorie distanciatrice

Chapitre "Notice JLM"